Une héroïne de la résistance Trielloise, Julia PESTEL

Comment une femme, si simple, si douce, à la vie "si ordinaire", a-t-elle pu devenir cette combattante acharnée, dans "l'armée des ombres". Tout un chacun se rappelle du "Père tranquille", ce résistant joué au cinéma par l'acteur Noël-Noël. En cette résistante de la première heure, la ville de Triel a eu, on pourrait dire, sa "Mère tranquille". Qui aurait pu soupçonner en ce petit bout de femme une telle énergie cachée, un tel courage, une telle abnégation. Et pourtant, il en est des individus comme du champagne, il suffit de faire sauter le bouchon pour que se révèle leur caractère, disait le philosophe.
Les évènements graves qu'a subis la France dès 1939, vont en effet réveiller chez cette femme un esprit de revanche hors du commun.
Madame PESTEL et son époux, étaient originaires du Nord. L'un comme l'autre avaient connu les deux guerres, l'exode et son cortège de souffrances. Chaque invasion les a laissés pillés, meurtris, mais jamais résignés. Ils vinrent alors s'établir à Triel sur Seine où une nouvelle vie plus sereine semblait s'ouvrir à eux.
Hélas, la guerre les avait suivis jusqu'ici. Alors, refusant la soumission à l'occupant, Mme PESTEL qui n'avait qu'un objectif, servir son pays, parvint sous le couvert de la Croix-Rouge et de l'Aide aux réfugiés et aux familles nombreuses, à prendre contact avec la Résistance, au réseau ARC EN CIEL, où elle servit sous le nom de code "MERCEDES".
A la disparition de ce réseau, elle rejoignit immédiatement le réseau"VENGEANCE",sous le nouveau nom de code de "MILLE-PATTES" qu'elle gardera jusqu'à la victoire. Chargée de mission, elle eut l'ingrate, mais noble tâche, de récupérer des aviateurs alliés tombés sur notre sol, de les faire passer en zone libre puis de les accompagner jusqu'aux Pyrénées, avec les difficultés que l'on imagine et au mépris du danger.
Sa vie a été entièrement consacrée à faire le bien autour d'elle, avec un désintéressement admirable et souvent au détriment de son foyer, sans que les habitants de Triel ne se doutent de ses activités. Son attitude d'extrême prudence, les sens toujours enn éveil, lui éviteront à plusieurs reprises de tomber dans les griffes de la Gestapo (Police allemande).
En 1944, à l'arrivée des alliés, elle ira elle-même avec le Maire, M. Rodier, négocier avec les Américains, pour que l'offensive d'artillerie qui va s'engager de part et d'autre des deux rives de la Seine, à hauteur de notre ville, ne débute qu'après que les Triellois aient été mis à l'abri dans les carrières de l'Hautil (Bérangère).
Après la guerre, dans une France victorieuse, mais ruinée, l'activité sociale de Mme PESTEL fût très appréciée des Triellois, en particulier comme Conseillère municipale et également pour son action au sein de la Croix-Rouge où elle fit preuve de la plus grande générosité.
Elle était titulaire de la Croix du Combattant, de la Médaille commémorative de la Libération avec barrette et de la Médaille d'honneur de la Croix-Rouge et du Mérite social. Elle méritait certainement beaucoup plus, mais le destin en avait décidé autrement et le 6 novembre 1969, Mme PESTEL nous quittait dans sa 88ème année. La même année, au cours d'une réception donnée à PARIS, dans les salons des F.F.L (Forces Françaises Libres), en l'honneur des aviateurs alliés qui avaient été abattus sur le sol Français, un agent Canadien, Colonel à l'époque, demanda des nouvelles de "la petite Dame". Hélas! MILLE-PATTES venait de passer à la postérité, pour la grande histoire de la Résistance. Les aviateurs ne l'avaient pas oubliée.
A ses obsèques, M. Champeix, Maire de Triel sur Seine, ancien résistant, entouré des membres du Conseil Municipal, des délégations d'Anciens Combattants , des élèves des écoles, de la Croix-Rouge, des Scouts de France et de nombreux sociétaires d'Associations Trielloises, était tous venus rendre hommage à cette grande Dame dont le dévouement n'avait d'égal que sa modestie.
Mme PESTEL repose auprès de son époux dans le cimetière de Triel Sur Seine.
Puisse sa vie servir d'exemple à notre jeunesse.
J.R