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Séance de dédicaces

La ville de Triel vous donne rendez-vous le samedi 14 novembre, à partir de 15h pour un après midi riche en partage. Les lecteurs de la ville vont avoir la chance de rencontrer cinq écrivains Triellois pour une séance de dédicaces.

Cette rencontre est établie dans un but d’échange mais également de découverte. En effet les lecteurs auront l’occasion exceptionnelle de découvrir des auteurs qui font la fierté de notre commune.

La bibliothèque municipale Guy de Maupassant accueillera :

  • L’historien Alexandre Bande qui présentera « Le cœur du roi »
  • Yannick Martelet et « Les pendoirs de Picardie »
  • La jeune auteur Aurore Rimbod et son tout premier roman « 160 mètres carré »
  • Le poète Benoît Conort avec « Ecrire dans le noir »
  • Jean-Pierre Turbergue, co-auteur avec Yann Arthus Bertrand de « La Seine vue du ciel »

Cet événement à ne pas manquer sera donc d’une grande diversité littéraire et promet une rencontre des plus conviviale et enrichissante pour tous.


  
Alexandre Bande

 Qui est-il ?
Alexandre Bande est né le 8 mai 1964
Il est Agrégé, docteur en histoire,
Sa spécialité : Les rituels funéraires royaux et les sépultures capétiennes

Son livre: Le Cœur du roi
Nul n’a jamais songé à interroger le sens profond des sépultures de cœur des rois et reines de France à une époque où souverains, théologiens et médecins, par le biais de sermons, de traités et de Miroirs, font de ce «grand promu de la fin du Moyen Âge», selon la formule de Jacques Le Goff, le réceptacle de toutes les vertus et de tous les vices. Si la pratique de l’inhumation séparée du cœur est ancienne en Angleterre et dans l’Empire, elle n’est attestée dans le royaume de France que dans la première moitié du XIIIe siècle. Ce rituel se diffuse ensuite, au XIVe siècle, au sein du domaine capétien et se mue en un véritable privilège dynastique grâce à une exceptionnelle autorisation pontificale. À partir de 1380, à la mort de Charles V, le cœur du roi est l’objet de tous les égards. Inhumé lors d’une cérémonie spécifique, il est placé dans une urne richement décorée ou repose sous un somptueux gisant. L’objectif est multiple : les tombeaux de cœur attirent les prières et valorisent le sanctuaire qui l’accueille tout en enracinant la mémoire du lignage capétien sur le territoire de France, des couvents mendiants parisiens à Saint-Louis de Poissy, de la cathédrale de Rouen à la nécropole dionysienne. Alexandre Bande livre ainsi la singulière histoire des sépultures de cœur du XIIIe siècle au XVe siècle et narre la naissance d’un cœur personnifié, déifié et hypostasié

Les critiques :

« Le cœur du roi, les Capétiens et les sépultures multiples, XIIIe-Xye siècle publié dans L'Histoire n° 345 - 09/2009  

Jean de Dreux, cousin de Saint Louis, mourut à la croisade en 1248. Son corps fut enterré sur place, mais au préalable son coeur avait été prélevé et conditionné pour être ramené dans la nécropole familiale de Saint-Yves de Braine. Le comte Jean fut le premier Capétien à posséder une tombe de coeur. Cette pratique devint, à la génération suivante, une spécificité de la monarchie française, et même un privilège. Tous les rois de France sauf un, de Saint Louis à Charles V, et beaucoup de reines, reçurent des sépultures multiples : les ossements ici, le plus souvent à Saint-Denis, les entrailles là, le coeur ailleurs encore.

Ce ne fut pas sans résistance chez les théologiens : qu’adviendrait-il de corps démembrés au jour de la résurrection ? Et puis, éviscérer un corps, surtout princier, le tronçonner, l’ébouillanter, avait de quoi choquer. En 1299, Boniface VIII fulmina une décrétale contre cette dilaceratio corporis , mais la papauté ne tarda pas à consentir les exemptions sollicitées par les rois. Faire élever une tombe de coeur était en effet un moyen de s’attirer des prières particulières, de signaler un attachement personnel à une province - la Normandie pour Charles V - ou à un établissement religieux, comme Saint-Louis de Poissy pour Philippe le Bel. De plus, l’environnement spirituel, intellectuel et médical était, au XIVe siècle, de plus en plus favorable au coeur, lequel, placé au milieu du corps, est semblable, écrit le chirurgien Henri de Mondeville, à « un roi au milieu de son royaume ». Les propagandistes royaux comme les nouveaux ordres religieux, principalement mendiants et célestins, portèrent haut cette dévotion du coeur.

Bien informé, clairement rédigé, l’ouvrage d’Alexandre Bande éclaire un aspect original de la monarchie capétienne au confluent du politique et du religieux.


Article paru dans Le Monde, le 3 juillet 2009

L'ouvrage d'Alexandre Bande retrace les destinées du cœur du roi, dont l'ultime avatar, certes mineur, serait la cérémonie organisée en 2004 autour de Louis XVII, authentifié par l'ADN…

            Les Capétiens, souligne l'historien, ne sont certes pas les premiers à concevoir des sépultures multiples, pour le cœur, pour les entrailles et pour le corps. Mais la pratique s'affirme progressivement comme un "privilège dynastique". Car la papauté a interdit ces déplacements de cadavre. Or la puissance des souverains du royaume de France leur permet d'obtenir des exemptions. Au début du XIVe siècle, Philippe V peut ainsi prévoir pour lui-même une triple sépulture: "Considérant que nulle chose n'est plus certaine que la mort et mois certaine (que) l'heure voulons pourvoir au salut de nostre ame (…). Premièrement nous ordenons voulons et commandons que notre cuer soit enterez dedans l'église des frères meneurs de Paris et nos entrailles en leglise des frères prescheurs de Paris".

            Cette promotion du cœur royal s'accompagne de celle du cœur des proches. Elle s'inscrit dans un ensemble de réflexions sur le rôle de l'organe, portée par la redécouverte d'Aristote, et tenant autant à la médecine, à la théologie, qu'aux traités sur le bon gouvernement du royaume. Ainsi, conclut Alexandre Bande, "le cœur s'est imposé comme le siège des sentiments, des vices et des vertus et de la vie spirituelle".

            Pour les souverains, les sépultures multiples permettent de s'assurer de plus nombreux suffrages. Elle leur permet également de bâtir une véritable géographie politique des dépouilles, faite de subtiles stratégies vis-à-vis des différents ordres religieux ou d'un territoire particulier. Par exemple, Charles V, mort en 1380, offre son cœur à Rouen, flattant les Normands, dont il fut le duc, tout en affirmant la présence royale dans la région.

            Ces mises en scène du cœur et du roi à travers urnes, tombeaux et cérémonies sont loin d'avoir une histoire uniforme, et c'est un des mérites de l'ouvrage d'Alexandre Bande que de tenter d'en établir le mouvement. Elles connaissent en effet une désaffection au XVe siècle, en lien avec les évolutions spirituelles et politiques de l'époque, pour reprendre de l'importance, transformées à la fin du siècle. Pourtant les discours de valorisation n'ont pas cessé, faisant des vertus du cœur royal "celles de la bonne gouvernance"

Nicolas Offenstadt


Yannick Martelet

 Qui est-il ?
Ses débuts : né à Paris en 1965. Il passe une partie de son enfance en Normandie avant de poursuivre des études universitaires dans les Pays de Loire.

Son métier : Spécialisé dans l’organisation d’entreprise et la mise en place de systèmes de management, il exerce pour le compte d’un grand groupe international et est auditeur auprès d’organismes internationaux de certification de systèmes de management.

Ses loisirs : L’écriture et l’aviation (il est pilote privé), mais aussi la photo, avec une affection toute particulière pour le Noir & Blanc, musicien, il est aussi batteur de rock, de blues et funk. Amoureux de la nature et de l’imprévu, il aime s’échapper pour de grandes randonnées et des routes non tracées.

Signe particulier : Aventurier, aventureux, c’est un éternel curieux de tout, à la recherche de la rencontre de l’autre, du différent, de l’insolite, et un infatigable traqueur de l’aventure derrière l’anodin. C’est un explorateur de la proximité des choses, et des êtres qui se connaissent sans savoir se rencontrer.

Son livre : Les Pendoirs de Picardie

Auteur de nombreuses nouvelles, lauréat ou primé de nombreux concours de nouvelles, dont certaines publiées dans des magazines, Les pendoirs de Picardie est son premier roman.

Les cordes étaient là, usées, oscillant doucement sous l'effet du vent qui s'engouffrait par moments par les grandes portes du hangar. Les tabourets étaient en place, en attente d'un nouvel arrivant. La routine de sa vie familiale basculerait en même temps que le tabouret.

Un roman dans lequel se télescopent avec bonheur une vieille tradition picarde bousculée par le monde moderne, un audit d'entreprise qui tourne à l'enquête policière, un amour malmené par la vie.

A coups d'images picardes, d'ambiances finement rendues, de rencontres avec des personnages pittoresques, d'humour parfois grinçant, l'auteur nous entraîne de rebondissements inattendus en lieux étranges, d'instants de suspens en moments magiques.

Une histoire de fuites devant la vie, de destins qui se croisent s'emmêlent, s'éloignent pour mieux se retrouver, pour se livrer des clés.
En 2004, Les pendoirs de Picardie a été primé par les concours littéraires francophones du Scribe d’Opale et des Auteurs et Artistes en Agenais. En 2005, ce manuscrit a été finaliste de l’appel à texte international des studios d’Hollywood en vue de production. Son potentiel cinématographique a été jugé excellent par les scénaristes en ayant établi l’analyse.


Entretien avec Yannick Martelet

Yannick Martelet, vous avez toujours écrit, semble-t-il, nouvelles, histoires courtes, et ce roman que vous publiez aujourd’hui. C’est comme une nécessité pour vous ?

- Oui, sûrement… Pour ne pas dire tout à fait. 
Ecrire, c’est donner vie. C’est jongler avec les possibles, créer des probables, qui ont pu exister pour de vrai, qui sait, ou qui existeront un jour ailleurs que sur la page que je noircis. Ecrire, c’est créer des univers, des rencontres. Tout est là. L’exercice est fortement ludique pour moi. 

C’est aussi échapper aux contraintes du quotidien, comme on part à l’aventure. Ecrire procède un peu selon moi de l’état d’esprit du Voyageur, celui qui va à la rencontre des autres. Là, c’est moi qui imagine ces rencontres. Je vis d’abord toutes ces histoires, ces rencontres, dans ma tête, ensuite je me laisse porter par leur aventure en les suivant et les observant de la pointe de mon stylo. Rien n’est jamais écrit d’avance. Tout juste un cap à suivre. Et toutes ces histoires sont totalement vraies, puisque je les ai d’abord vécues ! C’est aussi un message que je m’adresse, une carte postale, une lettre que j’envoie aux autres pour leur parler de la vie qui existe à côté d’eux. 

L’écriture a aussi sa composante thérapeutique, parce qu’elle a un rapport avec la recherche de Soi. Et dans les ateliers d’écriture auxquels j’ai participé, j’ai croisé beaucoup de personnes qui allaient mal… 

Dans votre question, vous évoquez l’écriture de nouvelles, d’histoires courtes... Une nouvelle, une histoire courte, a pour moi l’objectif d’interpeller, d’être provocation parfois. Une façon de dire « j’existe » ! L’objectif est aussi de faire rêver, de réveiller la conscience de l’autre, d’ouvrir son troisième œil… 

Le roman est un exercice plus profond. Parce que sa genèse implique davantage d’investissement. En temps tout d’abord. Mais surtout parce que le temps de sa gestation, de sa patiente élaboration, de la phase de repos avant la réécriture - pour prendre le recul nécessaire pour une ultime confrontation entre l’imaginaire et le rendu réel - vous ne vivez que pour ça, pour lui, pour un résultat abouti. Vous avez vécu tous ces personnages, dont vous avez approfondi la psychologie, avec qui vous avez partagé l’aventure, vous avez tant détaillé toutes ces images qui restent gravées qu’il est parfois difficile de faire la distinction entre le réel de l’imaginé. 

C’est pour toutes ces émotions que j’écris. Voilà un peu ma démarche

 Vous dites, à travers votre personnage central : « je ne crois pas au hasard quand ça m’arrange, préférant y déchiffrer un signe » ; selon vous rien ne serait programmé d’avance ? On reste maître de son destin ? Qu’entendez-vous par signe ? 

« Il n’est pas de hasard, il est des rendez-vous. » C’est ce rendez-vous qui m’exalte. Je possède un sens aiguisé de l’observation, et je suis très à l’écoute de mon intuition. 

Je veux voir des signes dans les coïncidences. Elles nous guident, à partir du moment où on sait les lire, les interpréter. Ceci relève peut-être d’un discours ésotérique, allez-savoir… Pour moi, c’est un état d’être, qui est particulièrement développé chez moi, surtout quand je vais mal, quand je suis dans le besoin de me sentir menacé pour avancer. En fait, je fuis le confort matériel, le confort existentiel, dans la peur de m’y perdre, de m’oublier, de ne pas réussir à me trouver. Les signes, qui peuvent être très divers, me guident dans une direction, un imprévu que je dois suivre. Je crois que la vie est remplie de ces signes que nous décidons ou non de voir, et auxquels faire confiance. 

Pour reprendre votre question... Reste-t-on maître de son destin ? J’applique deux principes, des vérités toutes personnelles : on a toujours le choix, celui qui libère de l’habitude, et le fait que la pensée est créatrice. Derrière tout ça se cache l’ombre du libre arbitre… du jeu aussi ! 

Et le « hasard » est un moyen, une opportunité qui nous est offerte pour transformer nos pensées, et donc notre vie.

Parlez-nous de ces pendoirs, « le taxi pour l’Ailleurs », d’où vous est venue cette idée ?

 Quand on veut s’échapper, on peut décider de monter dans un taxi. Ca a un caractère soudain, c’est pratique. On commande une destination et hop, on y arrive ! Décider cela, c’est être maître de sa vie. J’ai trouvé la métaphore amusante pour décrire les pendoirs comme cet outil, ce moyen de transport vers une destination qui reste à découvrir quand on ne souhaite plus que partir. Pour beaucoup d’entre nous, la vérité est souvent « c’est toujours mieux ailleurs… » 

En dehors du moyen, c’est aussi l’évènement déclencheur à la démarche qui m’intéresse, et cette capacité à décider, à prendre en main son destin. 

L’idée des pendoirs est née lors d’un week-end en Picardie, destination improvisée. C’était l’automne, la nuit tombait, j’étais dans le bar d’un petit village. De l’autre côté de la place, une grange. L’atmosphère pouvait paraître lugubre, sans doute l’était-elle, et j’imaginais la vie des gens d’ici, les vieux, parce que les jeunes sont tous partis depuis longtemps. Et je me disais que c’était l’antichambre de la mort. Une seule idée me venait : fuir ! Se pendre s’il le faut ! 

J’ai écris au dos d’un sous bock la phrase qui est sur la 4ème de couverture : « Les cordes étaient là … ».  

J’ai commencé à délirer sur la vie affligée d’un personnage triste d’ici. Et l’idée ne m’a plus quitté.  

Où peuvent donc bien aller les petits vieux du village dont je parlais à l’instant ? Vers une aventure, une découverte, un voyage… Le pendoir, c’est juste un moyen, simple et économique pour partir vers cette autre découverte. Un taxi pour l’Ailleurs qu’ici !

Et, dernière question, est-ce que l’écriture est une aventure en soi, et pas seulement, puisque vous avez été sélectionné à un concours international à Hollywood qui peut vous ouvrir des portes pour une application cinématographique des « Pendoirs de Picardie » ?

Oui, l’écriture est une aventure en soi puisque à la fin il y a la rencontre de soi, tout en se livrant aux autres de façon indirecte. 
L’aventure, c’est aussi le regard de l’autre sur l’auteur ! 
L’aventure des Pendoirs de Picardie, par exemple, a durée 3 ans. J’ai vécu avec ce livre plus longtemps encore. 

6 mois de rédaction, puis 2 ans et demi pour la prise de recul et les corrections, le travail de réécriture, pour aller sur place m’imprégner d’images, d’ambiance pour rendre encore plus crédibles certains passages, refaire la route de Stéphane pour assurer une vraisemblance sans faille. 

Et pour répondre à votre question sur l’adaptation cinématographique des Pendoirs, son potentiel cinématographique a été jugé excellent par les scénaristes d’Hollywood qui en ont fait l’analyse. C’est peut-être parce que je l’ai conçu comme un livre d’images, et que les mouvements dans le livre s’apparentent à ceux d’une caméra. 

D’ailleurs, n’hésitez pas à donner mes coordonnées à tout producteur de votre connaissance … [sourire] 

Merci à vous, Yannick Martelet, d’avoir répondu à nos questions, vous êtes bien parti et nous souhaitons que ce roman vous fasse mieux connaître du grand public.

Merci à vous.

 Propos recueillis par Marie Annick Saumon



Aurore Rimbod

Qui est-elle ? Aurore Rimbod est née le 07 octobre 1985
Ses études : elle vient de terminer des études de droit social
Son amour : Les mots qui font voyager
Signe particulier : A toujours eu un livre à la main
La naissance du « divin enfant » : Aurore Rimbod s’est décidée à écrire, en laissant de côté ses poèmes et nouvelles. Les instants d’enthousiasme ont naturellement suivi les jours de découragement, mais le « divin enfant » comme l’appelle avec humour l’auteur, est enfin né peu de temps après Noël. Elle le décrit elle-même comme un achèvement.
Secret : Un deuxième roman est en préparation…

Son livre : 160 mètres carrés
Le couple Granjon suscite l’admiration de tous. Beaux, bien assortis, couverts de richesse et de gloire, ils ont tout pour faire rêver. Et pourtant... Lorsque les projecteurs s’éteignent, que les dîners mondains prennent fin, la triste réalité reprend le dessus. Jean est éperdument amoureux d’Eva, la femme glaciale qui n’a vu dans son mariage que l’appât du gain. Profondément lassé par son métier, il quitte son poste de banquier pour devenir écrivain, délaissant par la même occasion les 160 mètres carré du Faubourg au profit d'un studio dans le 20ème arrondissement de paris. Rongé par son amour fou pour Eva, Jean commence à nourrir un sentiment de haine à son égard. Etrange renversement qui ne restera pas sans conséquences.

 



Benoit Conort

Qui est-il ? Né en 1956. Ancien élève de l'Ecole nationale supérieure de Saint-Cloud
Un amoureux de la poésie : Il a soutenu une thèse de doctorat sur la mort dans l'œuvre poétique de Pierre Jean Jouve. Maître de conférences à l'Université de Paris X-Nanterre, il travaille sur l'écriture de la mort dans la poésie française du XXe siècle. Il est membre du comité de rédaction de la revue Le Nouveau Recueil et collabore à de nombreuses revues. Il a été membre de la commission poésie du CNL de 1996 à 1999.

Un enseignant : Mis à part ses expériences mondiales, il anime des ateliers d'écriture en collèges et lycées et participe à la formation des enseignants du secondaire à la poésie française contemporaine, à l'Académie de Versailles. Il a fondé avec Patrick Souchon le Carrefour des Ecritures, association visant à promouvoir la pratique des ateliers d'écriture dans l'enseignement et en bibliothèque.

Un voyageur :Benoit Conort a enseigné au Sri Lanka, en Pologne et au Portugal de 1981 à 1992. Il a également voyagé dans de nombreux pays, en Inde, au Népal, en Thaïlande, au Japon et aux Etats-Unis.

 

Ses œuvres :

  • Ecrire dans le noir, Champ Vallon, 2006
  • Cette vie est la nôtre, Champ Vallon, 2001
  • Main de nuit, Champ Vallon, 1998
  • Au delà des cercles, Gallimard, 1992, Prix Tzara
  • Pour une île à venir, Gallimard, 1988, Prix Fénéon
  • Le regard fait son oeuvre, avec le peintre Joël Leick

Son livre : Ecrire dans le noir
«Creuser le noir»; faire le tour de cette phrase, la traverser aussi.
On regarde la nuit, on voit, loin devant, entre les masses de noir.
On regarde loin devant on voit le noir des étoiles éteintes des étoiles à naître il y a si longtemps on est ce noir que l’on voit» 


 

Le mensuel de la littérature contemporaine

Article paru dans le numéro 072, avril 2006

 

    Écrire dans le noir

Entre silence et ignorance, déploration et exaltation, Benoît Conort erre dans le noir, à la recherche du vrai visage de la poésie.

Après le cycle formé par Pour une île à venir, Au-delà des cercles (Gallimard, 1988 et 1992) et Main de nuit (Champ Vallon, 1998), et après Cette vie est la nôtre (Champ Vallon), Benoît Conort (né en 1956), se propose, avec ce nouveau livre, non pas d'écrire de la poésie, mais d'écrire la poésie, de s'approcher de ce qui la rend si nécessaire, de ce qui la fait être, continuer à être, malgré Auschwitz, malgré la mort. La poésie " ne dissipe ni le chagrin ni les deuils, ce pourquoi elle serait inadmissible. On ne guérit pas de la finitude ". Et pourtant, par-delà la nécessité de maintenir vive la mémoire, " l'immense toujours recommencé tissage de la voix des morts ", la poésie est aussi ce qui se rêve capable comme l'amour, la mort, la folie, de suspendre le temps, de brouiller les limites, de " jeter l'impair dans le pair  "Scribe sans visage, ombre incertaine, le poète n'a pas d'autre demeure que la forme qu'il donne à son silence brisé. " On regarde loin devant on voit le noir des / étoiles éteintes des étoiles à naître // Il y a si long temps / on est ce noir que l'on voit ". On n'en sort pas, du noir, mais il est peut-être possible de composer avec lui, en le dépouillant en partie de ce dont il nous hante. C'est ce que tente Benoît Conort tout en sachant qu'il n'existe pas de parole magique, qu'on n'échappe pas à nos fantômes, au " bruit des autres ", à la réfraction de leur voix dans la nôtre, aux " livres vertiges " qui nous accompagnent, à l'opacité du royaume des ombres. Alors, on rôde, on cherche une issue. On creuse dans le noir, on se glisse sous ce qu'il étouffe, et on remonte les chemins du silence, ceux qui, entre chaos et innocence, relient et séparent, passent par la voie des rythmes, la cadence du cœur, peuvent s'accordent aussi, musicalement, à un ordre des choses, à des sensations intérieures, à des échos qui, pétris, repris, ressassés, déploient un espace inédit, viennent habiter un temps hors du temps. Mais quelle forme choisir, quelle forme suffisamment syncopée, suffisamment sculptée, suffisamment émouvante pour garder trace, en langue, de cette expérience, de ces traversées ? Ni vers, ni prose, mais le verset, répond Benoît Conort, cet " hybride au-delà de l'hybride " qui est capable d'unir et d'amalgamer tout ce que le désir de poésie peut contenir de contradictoire : le silence et le cri, la source et le fleuve, le vide et le plein, le deuil et le don, le sens et le non-sens... Encore que, si le sens nous paraît parfois " insensé, ce n'est jamais que par rapport à notre sens, qui n'est pas, nécessairement, heureusement, le sens comme-un, ni le sens comme-autre ", et qu'il est donc possible " de penser " l'impossible impensable ", et que nous n'en soyons pas capables aujourd'hui n'autorise pas à nier son existence ". J'appelle verset, écrit Benoît Conort, " ce pli que fait le vers dans la prose ", " cette phrase qui, au fond du vers, plisse la prose, excède / la forme repérable, la pré-déterminée, la modélisable ". Il suffit alors de supprimer tout ou partie de la ponctuation pour obliger le lecteur à " faire de sa lecture un événement ", à connaître la même aventure que l'auteur, à devenir ce qu'il lit, élit, ou croit lire. Et peut-être ne lit-on que pour partir en quête de ce qui, quelque part, serait déjà écrit. C'est à ce théâtre secret, à cette mise à nu, et au noir, de la poésie qu'invite Écrire dans le noir. On y tourne, entre rumination ontologique et inquiétude questionnante, jusqu'à ce que le comparable cède devant l'incomparable. On y défie le noir jusqu'en sa transparence, on y cherche l'ombre d'un impossible salut jusqu'au plus sombre de cette " goutte de ténèbres " qui gît au fond de tout encrier. Écrire encore, " s'acharner, / s'enfoncer dans la langue, en proposer la chair vibratile, / conjonction du mot et de son tremblement, sa face / sonore et /sa face désirante, en dire la langue aspirante... "

Écrire dans le noir
Benoît Conort
Champ Vallon
225 pages, 16 e

Richard Blin


 

Jean-Pierre Turbergue

Qui est-il ? Jean Pierre Turbergue est directeur de la maison d’édition Italiques :
« Les tragédies du XXe siècle racontées par ceux qui en furent les acteurs ou les témoins privilégiés, des documents explosifs, des monographies passionnantes, des textes bouleversants, des illustrations toujours émouvantes et souvent étonnantes...
Nos livres vont vous plonger au cœur même de l'Histoire. »

Bibliographie :

Aux éditions Italiques :

  • Lafayette, nous voilà !
  • Les 300 jours de Verdun
  • Les journaux de tranchées
  • La Seine vue du ciel

 Son Livre : La Seine vue du ciel de Chatou à la Roche-Guyon
Ce livre est une invitation à (re)découvrir, vus du ciel et à travers le regard d'un grand artiste doublé d'un grand défenseur de la Terre, la vallée de la Seine-Aval et ses paysages, encore magnifiques mais si fragiles.

Un appel à la sagesse pour que soit sauvée l'harmonie, réelle mais précaire, entre hommes et nature, ville et campagne, patrimoine et progrès, satisfaction des besoins présents et préservation de l'avenir, dans une région capitale où la nature, si belle, reprend peu à peu ses droits. Mieux et plus qu'un état des lieux : un rapport d'étape qui montre, avec l'immense talent de Yann Arthus-Bertrand, ce qui a été fait et ce qui reste à accomplir pour que nos enfants puissent léguer à leurs enfants le patrimoine naturel que nous avons reçu de nos parents et que nous devons, ensemble, nous réapproprier pour le mettre en valeur.

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